Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 10:39
Hier c'est revenu, cette folle envie de tout foutre en l'air. Au volant de ma voiture, j'avançais, la route filant sous mes phares. Je n'avais pas envie de m'arrêter, pas envie de ralentir. Je me sentais prête à conduire toute la nuit, toujours plus loin, jusqu'à ce que mon réservoir se vide à l'autre bout de la France. Fuir, le plus vite et le plus loin possible. S'en aller bien avant que l'heure, oublier qu'ici on n'est rien, oublier qu'ici on a peur. Il n'y a que le premier vers, s'en aller main dans la main, qui ne fonctionnait pas. Je voulais partir, je voulais ne pas dormir, je voulais m'épuiser et me retrouver perdue dans une campagne quelconque, je voulais ne rien manger et ne rien boire, je ne voulais pas rentrer. Je voulais tout foutre en l'air, et ça me faisait horriblement mal. En arrivant à mon croisement j'ai hésité, de toute façon personne ne saurait rien avant un moment, si je continuais, prenais l'autoroute, faisais trois tours de périph fenêtre ouverte comme Bruel avant de revenir à l'aube m'écrouler, faisant mine d'avoir passé tout ce temps chez Roulie... Mais la raison a repris le dessus. Ce n'était pas en faisant le tour du périph que j'allais échapper à mes pensées, à ce moi que je voulais fuir plus que tout, cette enveloppe et cette pensée, cet abîme que je suis et qui fait face à tant d'autres. J'ai peur. J'ai peur des autres, j'ai peur de moi, de ces gouffres sans fonds que nous sommes, de toutes ces pensées qui nous habitent, de toute cette humanité qui transparaît et dont je ne sais que faire. Ne plus penser, ne plus choisir, ne plus vivre... Comme je l'ai souhaité. La voiture n'étant pas une solution, je suis rentrée, en bonne petite fille sage, en faisant attention à la route et aux autres voitures, sans faire de bêtise. Mais le sommeil me fuyait. Aussi j'ai pris le livre que mutti avait laissé sur mon bureau, intentionnellement? Je n'en sais rien, je me triture l'esprit avec cette possibilité. Aurait-elle lu la lettre, l'aurait-elle trouvée dans mon carnet, caché au fond de mon sac? Ou aurait-elle deviné quoi que ce soit? En tout cas ce livre semblait écrit pour moi, moi et cette "expérience" que je rejette au plus profond de mon être, me défendant encore contre cette idée selon laquelle ce serait mon corps qui aurait été ainsi touché, souillé. Non, ce n'était pas moi, car je n'étais déjà plus là. J'étais bien loin de moi-même, j'avais fermé le canal reliant ma pensée à mon corps. Tout comme cette fille de 14 ans dont son grand-père abuse. Scotchée à mon livre, je l'ai lu d'une traite, les larmes aux yeux, tremblant de tous mes membres mais incapable d'arrêter de lire. J'avais envie de hurler, mais bon sang regardez votre fille, votre soeur! Ecoutez-la, aidez-la, faites quelques chose! Je lui hurlais en pensée ce que je me suis hurlée à moi-même, quelques mois plus tôt. Bouge, cours, sors de là, n'y va pas, fuis, frappe-le, aidez-la, au secours. Mais cette fille parle, elle. Bien que les situations soient différentes, notamment parce que c'est un roman. Mais elle parle. Elle crie, elle hurle son mal-être et sa haine d'elle-même. Elle s'en veut, elle se déteste de n'avoir pas réagi. Elle sort de son corps chaque fois que cela recommence, qu'elle doit retourner chez lui. Elle va mal, et elle souhaite sa mort. Il y a quelques mois, un fait divers dans le journal faisait état de la mort d'un Indien, électrocuté sur les voies du métro, qui portait le même nom que lui. J'ai souhaité, espéré de toutes mes forces que c'était lui, qu'il était bien parti pour l'au-delà, loin de ce monde et loin de moi. Hier j'ai prié pour cette petite fille, pour qu'elle s'en sorte, pour qu'elle n'ait pas à retourner chez ce monstre. Et j'ai pleuré avec elle, lorsqu'elle a tout avoué à sa meilleure amie. Bizarrement ça ne m'a pas soulagée, tout comme mon film fétiche pour pleurnicher ne m'a pas soulagée mercredi dernier. Je me perds dans des dédales noirs où je souhaite rencontrer le monstre afin qu'il me dévore vite et qu'il en finisse une bonne fois pour toutes. Je suis lâche, mais je pense que je souffrirais moins si j'étais assez stupide pour l'ignorer. J'ai un ego surdimensionné, et je pourrais être très heureuse si ça ne me culpabilisais pas autant. J'ai tout ce qu'il faut pour être quelqu'un d'ignoble, et juste le peu de bonté qui me maintient dans un peu de lumière, de ces lumières qui agressent et montrent chacun de vos défauts les plus profonds. Mes parents sont fiers de moi, mais parfois j'aimerais qu'ils m'aient faite idiote, à défaut de souhaiter qu'ils ne m'aient pas faite du tout.
Par Lolou - Publié dans : Blues d'une Fillette
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Mézigue

 
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