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Moi je suis encore une gamine. D'ailleurs tout le monde me donne moins que mon âge, on ne me croit pas quand je dis que j'ai déjà vingt ans. Je ne me maquille pas, je refuse de vieillir, et surtout j'ai peur des autres. Je suis comme ces enfants qui savent déjà qu'il y a des choses à ne pas dire et n'osent plus rien dire du tout, qui savent qu'à la fin d'une colonie de vacances, ils ne reverront plus ces gens qu'ils ont cotoyé si longtemps malgré les lettres et le téléphone, et qui pleurent toutes les larmes de leur corps à cette idée. Ceux qui regardent des dessins animés avec des étoiles dans les yeux et rêvent ensuite de princes charmants, de belles aventures où ils sauveraient tout le monde et de lieux enchanteresques. Ceux qui savent qu'ils peuvent tout dire à ceux qu'ils aiment, car ils savent qu'ils seront pardonnés, et qui ne prennent pas la peine de savoir si ces personnes seront blessées par ces paroles. Voilà, la croissance de mon cerveau s'est arrêtée à ce stade. Ca peut avoir son charme bien sûr, un enfant rit facilement, pleure devant les films tristes et se vexe pour un rien quand on l'embête. Mais on le leur pardonne, justement parce que ce sont des enfants. A vingt ans, on doit grandir. Même avant ça en fait. Se contenter de dire pardon ne suffit plus, car les paroles sont bien plus meurtrières que quelques années auparavant. Parce qu'on est censés savoir ce qui fera mal, ce qu'il faut garder pour soi, et qu'on est censés savoir se retenir. Moi depuis toute petite, je garde en moi tout ce qu'il faudrait que je dise, et je laisse sortir tout ce qu'il faudrait que je garde. Sauf qu'avec le temps les remords grandissent, et les excuses ne suffisent plus ni pour moi ni pour ceux qui m'entourent. Je suis toujours face au même mur, face à cette faiblesse que j'ai à tout prix tenté de faire disparaître mais qui semble gravée dans ma chair tel le tatouage infâmant de mon péché originel. Je souhaiterais être comme Tag qui frachit un grillage électrique pour sauver ses amis, comme Harry qui se bat malgré ses souffrances intérieures et extérieures, comme Jim qui part à l'aventure et sauve le bateau de l'explosion, comme Rose qui accepte d'affronter l'étendue gelée pour celui qu'elle aime, comme toutes ces princesses disney qui trouvent leur âme soeur et ont des animaux qui ressemblent tant à des humains, comme Hina protégée par ses cinq camarades et capable de les défendre quand il le faut, comme Tohru qui sait toujours trouver ce qu'il faut dire pour soulager ceux qu'elle aime même s'ils sont parfois infects avec elle... Ou comme tous ces siphonnés que j'admire, que je respecte et que j'aime par-dessus tout, pour toutes ces qualités qu'ils déploient sans s'en rendre compte. Parce que les qualités sont comme les prunes salées, elles sont collées dans notre dos et nous passons notre temps à nous extasier sur celles des autres en nous lamentant de n'être qu'une pauvre petite boulette de riz blanc. Et pourtant il suffit d'en parler pour s'en rendre compte... Nous sommes tous exceptionnels pour quelqu'un, à notre manière. La mienne vient peut-être de cet aspect enfantin que j'ai toujours voulu étouffer, et qui encore aujourd'hui me rebute et me tord les entrailles. Je ne suis pas l'héroïne d'une grande histoire, je suis incapable de dire ce que je me répète sans arrêt dans la tête en imaginant des dialogues, et je resterai sûrement toute ma vie cette petite fille incapable même bourrée de dire aux personnes qui font battre son coeur qu'elle les aime de manière spontanée. Ou de leur dire quoi que ce soit d'important de manière spontanée d'ailleurs...
Pourtant, durant ce mois, j'ai senti que je pouvais être tout à fait normale, me fondre dans le paysage, et être malgré tout appréciée. Oh bien sûr pas en tant que femme magnifique, courageuse ou belle, mais juste en tant qu'humaine capable de faire très bien ce qu'on attend d'elle, de rendre service simplement et de sourire. Ces relations ne sont pas basées sur une amitié, loin de là, car aucune de ces personnes ne souhaite savoir ce qu'il y a tout au fond de mon crâne et je ne tiens absolument pas à le leur dire. C'est une relation plus simple, moins profonde, basée sur le simple quotidien. Bien sûr on peut aller mal pour une raison quelconque, mais on peut aussi aller très bien, rire et plaisanter, et être content de se retrouver le lendemain malgré la pensée du travail. Être heureux d'être là, d'avoir rencontré des personnes agréables, de savoir que de telles personnes existent et qu'à un moment dans l'infinité des vies de ce monde, ces personnes m'ont appréciée en tant qu'humaine, sans chercher plus avant. Peut-être que nous ne nous reverrons plus jamais, sûrement même et c'est un peu triste, mais la pensée qu'il puisse y avoir des personnes qui nous ont souri et remercié pour notre simple existence réchauffe le coeur comme une petite chandelle dans une chambre froide. Mais je ne suis qu'une gamine, parce que ces personnes me manqueront, et que je continuerai de penser à elles lorsqu'elles mêmes m'auront complètement oubliée. Mais contrairement à d'autres personnes de mon passé qui entrent dans cette catégorie, ce souvenir ne sera pas une torture. Ces roses et ces lettres sur un petit papier resteront comme une douce chaleur dans les moments d'hiver sentimentaux. J'aurais aimé les remercier d'avantage, mais impossible de leur expliquer pourquoi ils les méritent alors que dans leur esprit c'est moi qui les ai aidés. Alors je leur ai simplement souri, du plus beau sourire que je pouvais offrir. A présent je vais loger cette partie de ma vie dans un petit coin de ma tête et de mon coeur, et prier pour que de tels moments me soient à nouveau accordés. Je me trouve très exigeante, je devrais m'estimer comblée de cette expérience, mais les enfants sont avides...
Bien sûr c'est très différent des siphos. C'est incomparable, et je trouve ça très intéressant d'ailleurs. Les siphos sont partie intégrante de ma vie, sont ma vie en fait. Là ce n'était que mon travail. Je crois que je suis plus douée pour ce genre de relations que pour le véritable amour. C'est plus simple, car il n'y a pas d'engagement personnel. Au boulot si un client ou un collègue m'en veut, tant pis. Mais si on m'enlevait un de mes siphos, je sens que c'est tout mon être qui se déchirerait. Ca m'effraie, ça doit être pour ça que je continue de le redouter, voire parfois de le guetter. Je suis terrifiée à cette idée. Et puis une relation aussi profonde implique forcément de s'ouvrir, de montrer 99% de nous-mêmes, mais l'ouverture marche dans les deux sens. C'est merveilleux de savoir que ces êtres en savent autant sur moi, plus que ma famille, plus que moi-même parfois, mais c'est également effrayant. Après tout, personne ne sait ce qui se cache dans les profondeurs du "moi". Et il y a toutes ces angoisses que je n'arrive pas à comprendre, mais qui m'empêchent totalement de parler dans les situations de confidences. Oh bien sûr c'est le cas de tout le monde, sauf que l'alcool ou le net délient les langues. Pas dans mon cas. J'ignore pourquoi, j'ai l'impression de me cogner la tête contre tous les murs d'une maison pour sortir une simple phrase, je sens mon coeur qui tambourine comme un dingue, mon estomac qui crie de douleur... Je bégaie, je transpire, j'ai chaud, j'ai froid, les spasmes nerveux agitent mon visage, mes bras, mes jambes, mes mains... Je regarde partout et nulle part, complètement perdue, fixant ces grands yeux ouverts qui attendent ma réponse, espérant y lire un prompteur me dictant ce que je dois dire, essayant de ne perdre personne et avant tout pas moi-même dans mes propres mots... Je me méprise de ne pas y arriver plus simplement. J'ai le sentiment d'appeler à l'aide chaque fois qu'on me demande quelque chose d'un peu trop personnel, mais à l'aide qui? A l'aide quoi? Je l'ignore...
Désolée de la longueur, je me suis un peu laissée aller. Je ne sais pas trop si cet article est triste ou joyeux, tout comme je ne sais pas si je suis heureuse ou pas en cet instant (55% malheureux dit facebook...). Je suis terrifiée de l'avenir, comblée quand je regarde la semaine qui vient de s'écouler et ce dernier jour au travail, heureuse de voir les deux femmes de ma vie demain, triste de ne jamais revoir ces visages taquins, heureux et blagueurs... Et fatiguée de réfléchir égocentriquement à tout ça. Donc on va dire peut-être, comme le dit cette application débile, un tout petit peu plus malheureuse en cet instant. En plus j'ai mal au dos et j'ai des aphtes. Enfin, j'espère ne pas trop angoisser cette semaine... (peine perdue). Un autre article viendra sûrement sur mon stress paralysant de la rentrée. Et sur mes retrouvailles avec Mister H après quatre semaines...