Mardi 21 juin 2011 2 21 /06 /Juin /2011 18:37

Je sens bien un petit article pour me plaindre là... De quoi? De mon inconscient qui m'envoie moultes douleurs pour me rappeler que je devrais être complètement angoissée pour mon oral de Samedi, or comme je ne le suis pas, il a décidé de s'attaquer à tout ce qu'il y a de physiquement fragile en moi : mon cou (un joli torticolis s'annonce...) et mon ventre (des crampes sans nom depuis hier soir). Tout ça pour un oral au Celsa, auquel je ne croyais pas, et pour lequel je ne compte pas m'angoisser outre mesure vu que je suis toujours assurée de ne pas être prise (même si personne ne le sait, je me doute que ça gueulerait de partout si j'émettais l'idée... Je me contente de dire "Merci mais faut encore finir le boulot" quand on me félicite, c'est plus simple). Bref tout ça pour dire que je suis pliée en deux en train de taper mon article, lâchant de temps en temps un "ouuuuuuuuuuuuuh", inspirant et soufflant pour atténuer la douleur qui revient toujours. Youpi. Le torticolis a commencé à se manifester en voiture, tout à l'heure, ce qui est évidemment très pratique pour conduire et regarder dans les rétros. Non pas que j'estime être bonne conductrice en temps normal, mais là c'est vraiment dangereux parfois... (aaaaaaaaïe, douleur du ventre qui se réveille subitement... Manquerait plus que les nausées s'en mêlent, ça serait le gâteau sur le pompon! Expression trouvée par un Sipho dont j'ai oublié l'identité et que je viens de retrouver en ce moment de douleur intense).

 

Et puis d'autres contrariétés s'y ajoutent, des agacements, des envies de partir, de m'éloigner. De mes parents, de cette maison que je trouve de plus en plus petite notamment. De ce père et de cette mère, restés vieux adolescents querelleurs, butés comme des ânes en furie, ruant et se crachant dessus tels les lamas moyens... Ils m'agacent profondément, j'adopte la méthode mutisme mais à force de me taire à chacune de leurs embrouilles j'ai peur de perdre ma voix, comme dit Harry dans le tome 6 de ses aventures. Mais hors de question que je prenne une part quelconque à leurs débats, où qu'ils les mènent.

L'absence de Roulie et Serge continue de me peser, j'essaie de temps à autre de saisir une ou deux nouvelles et de me persuader qu'on se reverra bientôt... Mais les idées noires sont là. Et puis entre l'oral et le boulot à La Poste, je n'ai pas le temps d'organiser moi-même des sorties ou des soirées, je n'ai donc aucune chance de les voir. Selon les jours ça me rend triste ou ça m'énerve, ça me donne envie de courir chez eux et de toquer à leur porte ou de leur dire ce que je pense, même si je sais que je ne le ferai jamais. Je n'aime pas ce genre de situation, et j'ai l'impression que ça dure bien que j'aie essayé de la régler avec Roulie, et que ça va durer encore. Autrement à d'autres moment, je me dis qu'ils ont simplement pris une autre route, plus éloignée de moi, et qu'il devait en être ainsi... Même si ça me rend tout aussi triste. Qu'ils ont d'autres amis dont ils sont plus proches, auxquels ils ont plus à raconter ou qu'ils sont plus heureux de revoir. Qu'après tout, je ne leur manque pas. C'est bien sûr profondément égoïste, mais aussi assez triste. Enfin, c'est la vie, et bien que ce genre de chose m'ait profondément angoissé pendant tout le lycée, ou à cause de cette angoisse en fait, je refuse de me laisser plonger dans la déprime. S'ils ne souhaitent plus me voir c'est qu'ils sont plus heureux sans moi. Je continue de guetter leurs joies, mais peu à peu s'insère en moi le sentiment que je n'en fais plus partie. Mais hors de question que je me laisse détruire par de telles pensées, pas à nouveau. Mes années noires passées, pour autant qu'elles fassent partie du passé, m'auront au moins donné cette force-là, celle du refus de ces cercles vicieux-là. Je suis triste, mais je n'y cherche ni raison ni culpabilité. Nous avons fait ce qui nous semblait juste, et ces choix nous ont écartés les uns des autres. Peut-être est-il encore possible de se rapprocher, je l'ignore, je l'espère, mais disons que si ce n'est pas le cas, je ne compte pas laisser la déprime l'emporter. J'ai pris cette décision il y a quelques mois déjà, peut-être quelques années même, de ne pas me laisser détruire même si je dois pour cela être égoïste. Je suis désolée, je ne suis qu'humaine, et je souhaite vivre, heureuse si possible.

 

J'ai toujours super mal au ventre... C'est assez horrible, et complètement épuisant! Ce qui, en plus, s'ajoute à la bestiole qui a élu domicile dans mon mur et me réveille chaque nuit à des heures plus qu'indécentes. La chance du moment... Mais bon, ça pourrait être pire. Je pense pas mal à l'oral de Vendredi en ce moment, essayant de prévoir des réponses à des questions pièges, mais je prends ça plus comme un jeu que comme un réel enjeu d'avenir. Même si mon père tente par tous les moyens de me faire penser que "s'ils me prennent pas c'est qu'ils me méritaient pas"... Non, s'ils ne me prennent pas, c'est simplement qu'ils cherchaient d'autres personnes que moi ou que je me suis mal vendue, c'est tout. Et c'est loin d'être un drame. Je serai très heureuse d'intégrer le Celsa à la rentrée prochaine, mais Khûber me plairait aussi. Je vais donc faire mon possible et voir ce que ça donne, sans plus. Même si mon corps me fait comprendre, clairement et nettement, qu'il ne compte pas me laisser tranquille même si mes nerfs sont au calme plat... Saleté.

Par Lolou - Publié dans : Entre-deux, balle au centre
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Jeudi 26 mai 2011 4 26 /05 /Mai /2011 14:32

Le mou s'empare de moi. Plus envie de sortir, plus envie de ranger, de faire des lessives, de bouger ou quoi que ce soit. C'est désespérant, et dire que ça se dit "jeune". Je suis sûre que ce soir, si une invitation se profile pour un apéro, je vais à nouveau trouver une bonne excuse pour la décliner tout en combattant moi-même cette partie de moi, tout en essayant de me forcer à y aller. Vu mon humeur d'en ce moment, la flemme risque de prendre le dessus... Parfois l'envie de sortir arrive, d'un coup d'un seul, mais elle ne reste pas et la maison finit toujours par représenter l'idéal, la quête de toute une vie. J'espère que cet état ne durera pas, car c'est profondément exaspérant pour une moitié de mon être. Cette dualité a beaucoup amusé Mister H, qui m'a comme d'habitude laissée sur des paroles bien énigmatiques. Mais ces mots-là ne sont pas douloureusement sans réponse, ils font réfléchir sans faire souffrir. C'est reposant. Mais je sens bien que j'ai de plus en plus de mal à parler de l'essentiel, car cet essentiel est ce que je ne parviens pas moi-même à cerner. Avec le voyage je ne le reverrai pas avant deux semaines, et je ne saurai dire si j'en suis soulagée ou stressée. Un peu des deux je suppose. Chaque rendez-vous fait renaître la peur, le noeud au ventre, mais l'absence de rendez-vous est tout aussi angoissante à cause de la question "et s'il arrive quelque chose?". Il m'a dit que je pouvais l'appeler, mais je ne pense pas que ce sera facile depuis la Grèce. Ma retenue à l'idée de ce voyage me consterne, heureusement l'habitude de cacher est devenu si facile pour moi que personne ne s'en doute. Mais le monstre guette, il se nourrit de l'angoisse suscitée par ce voyage, et il grandit doucement. Le paroxysme viendra sûrement la veille, Samedi risque d'être terrible. Mais impossible d'en parler, comme d'habitude. Tant de chance et si peu de joie... Dieu doit m'en vouloir à force, des fois je me demande pourquoi il continue de m'envoyer tant de sujets de joie en voyant mes réactions. Mais peut-être que cela L'amuse, bien que j'aie toujours rejeté l'idée d'un Dieu mauvais ou égocentrique.


Pour moi, Dieu ne peut pas être tel que le décrivent et le vénèrent les chrétiens, les protestants, les juifs, les bouddhistes et toutes les autres religions. http://www.michelledastier.org/images/Hommes%20particuliers/homme%20gloire%20a%20Dieu.jpgDésolée à vous qui lisez ces mots et qui êtes peut-être  profondément croyant, mais je ne peux croire que Dieu ait besoin de voir des milliers de vies sacrifiées en construisant des temples et des Eglises simplement pour ses beaux yeux, et ce n'est qu'un exemple. A mon sens, même si c'est sûrement une pensée profondément égoïste (mais je ne suis pas Dieu...), Il devrait être heureux des grandes joies et triste des grandes peines, sans prendre garde au moindre de nos petits gestes au quotidien, et je veux croire qu'il peut même être gêné de tous les égards qu'on lui offre dans toutes les religions du monde. Cette croyance est strictement personnelle, n'engage que moi, mais elle me plaît. J'aime me dire que le simple fait de lever la tête, regarder le ciel bleu, se sentir heureux et penser "merci" doit lui apporter un peu de bonheur. Enfin bref, ce développement était totalement en-dehors du sujet...


Ce voyage en Grèce est effectivement une chance inouïe, partir avec la prépa, se construire des souvenirs, aller au soleil et au bord de la mer, dans un pays très beau en plus et avec des gens très sympathiques avec qui les bons moments seront au rendez-vous... Et pourtant l'angoisse me tord les entrailles en y pensant. La mer. Depuis un mois, tous les camarades me rabâchent le mot qui y est associé dans nos esprits occidentaux.  Le maillot de bain. De multiples excuses ont d'ores et déjà pris forme dans mon esprit pour y échapper, mais j'ai peur des réactions et surtout des questions. Impossible d'expliquer à quiconque d'autre que les Siphos (et encore, je risque de ne pas pouvoir être claire...) la raison de cette impossibilité. J'espère, je croise les doigts, je prie pour qu'on ne tombe surtout pas sur un marchand de maillots juste au moment où quelqu'un se rendra compte que je n'en ai pas... Pitié épargnez-moi. Et pourtant cette pensée me désespère, me déprime et m'énerve profondément. Une vraie adolescente prépubère tourmentée, une gamine pénible, une chichiteuse complexée, voilà ce que je suis et sans aucune raison en plus. Enfin c'est ce qu'on me dit en tout cas. Parce qu'il y a ça aussi, l'autre raison pour laquelle je n'en parle pas, pourquoi je ne peux pas en parler. Je sais pertinnement ce que tout le monde me dira : mais non y'a aucune raison regarde X..., et je sais exactement quelle sera ma réaction : le rouge aux joues, le détournement de tête, le silence et l'envie de vomir. A peu près la même que quand on me demande ce que je veux faire plus tard et que je réponds ce qui me tente sur le moment, ce qui entraîne toujours des "mais les postes se font rares, il n'y a plus de débouchés, tu auras du mal, tu ferais mieux de faire...".


L'envie de courir, d'échapper à tout et à tous. Si vous savez tout mieux que moi, venez donc prendre ma place! Venez dans ce corps, dans cette tête qui m'assaille et me détruit, venez avec ce ventre qui n'en finit pas de pourrir et de s'anéantir, venez déverser vos pensées à un illustre inconnu au regard bienveillant et aux  mots tranchants chaque semaine pour tenter de vous en sortir, venez essayer de trouver les mots sans jamais, jamais, jamais y arriver, venez blesser, tuer mentalement tout ce qui vous entoure, venez vous jeter par la fenêtre en imaginaire environ une fois par semaine, venez!! Puisque VOUS savez, vous avez vu, vécu, senti, observé, puisque vous me connaissez si bien, puisque vous m'aimez et voulez m'aider, allez-y prenez-moi, bouffez-moi, envahissez-moi... Ca sera toujours mieux que mon indécision maladive, ma maladresse chronique et mon manque de coeur. Je suis désolée, heureusement ceux qui sont concernés par cette tirade ne la liront et ne l'entendront jamais, car elle ne franchira pas mes lèvres. Seule ma tête parlera, seule, résonnant dans le silence de cette boîte cranienne qui ne semble pas entourer grand chose finalement. Je ne suis qu'une imposture dans un corps trompeur, entourée de ceux qui font de leur mieux et le font bien. J'aimerais être ce que vous désirez, mais j'aimerais aussi être moi. Sauf qu'il semble que je me sois perdue, et que je ne parvienne pas à me retrouver. Alors que me reste-t-il? Si mon âme, celle que ma famille entière semble regretter dans tous leurs récits d'enfance, si cette conscience n'est plus, vers quoi dois-je me tourner pour vivre?

 

http://www.memoclic.com/7-1921-600x450/fond-ecran-ponton-sur-locean.jpg

J'ai du mal à saisir ce que je raconte, et le lire doit être profondément atroce. J'ai intérêt à emmener mon carnet en Grèce, il pourrait bien représenter ma dernière ancre dans l'océan déchaîné d'un voyage à l'étranger comme de celui de ma propre introspection. J'espère surtout pouvoir garder le cap au moins en apparence durant ces cinq jours. Jamais je n'aurai passé tant de temps accolée à tout ce monde que je connais si mal. J'espère que ça ira... De bonnes angoisses m'attendent d'ici Dimanche.

Par Lolou - Publié dans : Blues d'une Fillette
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Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 20:29

Nous le sommes, et pourtant nous en semblons si loin. "Être appartenant au genre humain, soit ce qui est de la nature de l'homme". Le serpent qui se mord la queue, dans le cas présent le dictionnaire n'est pas d'une grande aide. En un sens il est très philosophique, et en un autre très personnel, d'étudier ce qu'est l'homme, enfin un homme. Dans tous les cas, cela semble d'une telle complexité... Quand commencerons-nous enfin à nous comprendre? Il semble impossible d'être homme sans être haine, tout comme il semble impossible que l'amour ne vienne s'en mêler aussi. Dire oui et penser non, vouloir et ne pas faire, pouvoir sans vouloir, se taire au lieu de parler, rejeter au lieu de serrer dans ses bras. Tout et son contraire, et le contraire de ce que devrait être ce tout aussi. Comment vivre avec tout cela, tout ce que nous sommes et qui semble si difficile à définir, à caractériser? Mais peut-être ne le faut-il pas, peut-être que l'homme ne tire son épingle du jeu que dans cette non-définition de lui-même, dans ce cercle infini qui échoue à aboutir sur des coins quand bien même on irait dans tous les sens possibles. Un cercle immense, certes, sur lequel on peut se perdre, s'isoler, mais un cercle tout de même. Un piège. Souvent cette pensée nous frappe, nous effleure, passe sur nous comme une cascade dont on sèche vite ou s'insinue tel le poison dans nos veines jusqu'à nous pétrifier totalement, nous donner envie de hurler tout en nous cloisonnant hermétiquement la bouche, jusqu'à ce que nos cris nous emplissent, jusqu'à ce qu'ils nous possèdent et que nous ne soyons qu'eux, et qu'ils ne soient que nous. Oui, cette perte peut être très douloureuse, incompréhensible par les plus fins esprits, les plus brillants psychologues, psychanalystes et sociologues de cette planète. Toujours surprenant, l'homme n'en est pas moins amer. Chacun de nous a eu envie de s'en détourner en voyant les mille atrocités dont il a été, dont il est capable, mais personne ne l'a pu vraiment. Car si la haine, la douleur, l'amertume, la colère font partie de nous, tous leurs contraires sont également présents, leur douceur nous imprégnant doucement au fur et à mesure que nous semblons plonger, comme les derniers fils qui nous raccrochent à la vie. S'ils se rompent, nous coulons de différentes manières, mais heureusement la majorité demeure. Plus ou moins cachés, plus ou moins revendiqués, plus ou moins appréciés, mais ils sont là. L'humain est tout et n'est que par l'homme qui le porte et qui voit, qui entend, qui sent, qui touche, qui goûte et qui ressent. Bien souvent, du haut de ma misérable petite vingtaine d'années, j'ai été désespérée par lui. J'ai cherché à changer, à ne plus être ce que je refusais d'être, à cacher ces noirceurs qui entourent les maigres fils de l'espoir. Mais rien n'y fait, et il nous faut apprendre à vivre avec cette trame de fond, avec ces réactions étranges, démesurées, avec ces caractères et ces contradictions qui nous hantent, nous répugnent ou nous ravissent, avec cette envie d'être ailleurs, de n'être plus soi, et cette obligation de le rester malgré tout. Car cette âme qui est là, cette colère, cette jalousie, cette envie, cet orgueil, mais aussi cet amour, cette lumière qui parfois rayonne tant qu'elle aveugle, cette beauté, cet espoir, tout cela nous appartient, à chacun d'entre nous. Et il ne tient qu'à nous d'en faire parler les bons côtés, sans oublier que les mauvais ressurgissent toujours. Peut-être peut-on se servir de cette noirceur, peut-être peut-on l'apprivoiser? Ou n'est-ce que l'espoir d'une pauvre folle qui n'en peut plus de sentir cette part d'elle se déchaîner, blesser, brûler tout ce qui se trouve à sa portée? Peut-être après totu suis-je la seule à penser ainsi. Je ne le saurais jamais. Nous ne le saurons jamais. Car chacun d'entre nous est, et il est unique. Personne ne pourra jamais le remplacer, personne ne sera jamais à une autre place que la sienne actuelle. Je suis. Le futur de ce verbe n'aurait peut-être jamais dû être inventé. Mais après tout, qui peut dire si nous sommes aujourd'hui ce que nous étions hier? De nombreuses thèses ont dû être écrites sur le sujet, autrement plus palpitantes que ces pénibles écrits d'une déprime de soirée. Mais j'ai peur, en m'y plongeant, de ne pas trouver les réponses que j'y cherche et qui ne semblent pas avoir de question précise ou formulable. Les mystères de l'homme sont nombreux et secrets, et peut-être au fond vaut-il mieux ne pas avoir toutes les réponses à notre sujet. Peut-être serions nous déçus, pauvres égocentriques et mégalos que nous sommes. Ou seulement que je suis?

Par Lolou - Publié dans : Blues d'une Fillette
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Dimanche 15 mai 2011 7 15 /05 /Mai /2011 17:45

Les vieux démons sont de retour. Chassez le naturel il revient au galop comme on dit. En général quand Je vais bien ne t'en fais pas tourne à l'écran c'est signe de déprime. C'est la même chose chaque année pourtant, et c'est chaque fois le même cirque. Même si ça me semble un peu différent cette fois, peut-être à cause de Mister H. Ou grâce à lui, je ne saurais dire. De toute façon le cercle annuel est toujours là. Cette putain d'année en plus, une autre qui débute, cette absence d'avenir, l'égocentrisme permanent qui me caractérise et m'exaspère, et cette impression de pourrir lentement même si c'est un peu moins rapide qu'avant. Telle la carcasse de cheval de Claude Simon, je me vois et me revois dans les mêmes situations, ruminant les sombres abysses qui entourent ma cervelle de piaf, capable de gratter des dissertations hautement philosophiques pendant douze pages mais incapable de dire le moindre mot gentil à ceux qui l'entourent. Capable d'expliquer le développement de l'industrie pétrolière au Nigéria ainsi que les conflits géopolitiques qu'elle a apporté, mais incapable de se rendre à une simple soirée entre amis sans l'angoisse au ventre à l'idée d'être en contact avec "les autres". Toujours aussi froussarde malgré le temps qui passe et les jours qui se répètent et se ressemblent. Les vacances ne sont vraiment pas mon truc, j'ai hâte de retourner en cours, avoir de quoi m'occuper la tête, détourner mes pensées de ce nombril immonde qui m'obsède et que je rejette. Cruel déchirement entre deux contraires dont je ne sais plus que faire. Les cauchemars se poursuivent et se ressemblent, ceux que j'aime y mourrant les uns après les autres après que j'aie échoué à les protéger, comme si mon inconscient me renvoyait l'angoissante réalité de mon impuissance face aux forces du monde et ma présomption à tenter de les dominer. Je vais bien, ne t'en fais pas. Je m'enfonce dans les paradoxes qui régissent mon univers que j'avais commencé à accepter, cette atmosphère d'angoisse permanente et d'acception de l'inattendu. Mais l'épuisement guette et avec lui les comportements lunatiques que subissent injustement tous ceux qui m'entourent et cherchent à savoir si je vais bien. Et inconsciemment, ou consciemment, tous s'éloignent, ou je m'éloigne, à force je ne sais plus. Je croyais en avoir fini avec ces changements intempestifs d'humeur, mais dès que la pression se relâche ils reviennent comme autant de piques pour me rappeler le serpent noir qui demeure en moi et s'éveille chaque fois qu'il le peut. La seule solution serait-elle de travailler jusqu'à l'épuisement? Est-ce ma seule manière d'être heureuse et de rendre heureux ceux qui m'entourent? En ce cas il faut que je combatte ma feignantise, et que je bouge les muscles qui acceptent encore de me répondre. Dans mon imagination demeure encore le fol espoir d'une excuse pour ces comportements qui m'insupportent, ce qui me rend profondément ignoble. Comment quelqu'un en bonne santé peut-il souhaiter être malade alors qu'il a tout pour être heureux et que la seule raison pour laquelle il ne l'est pas est de son propre fait, de sa propre  création de démons qui lui empoisonnent une existence qui sans cela serait parfaite? Ces déchirements me bouffent et me ravagent, et dans le fond l'épuisement n'est qu'une manière de moins souffrir. En dormant peu, en mangeant moins, on a des raisons pour ne pas être de bonne humeur ou pour changer de caractère plus vite qu'une télécommande ne change de chaîne, ou pour rester devant un ordinateur à jouer à des jeux débiles en s'enfermant un peu plus en soi-même et en se demandant s'il existe quelqu'un dans le monde à qui l'on manque, dans une attitude nombriliste exaspérante et gamine. Je n'en peux plus de me voir, de ne penser qu'à moi, et de jouer une comédie sans fin autours de moi en essayant d'échapper à cet égocentrisme qui régit ma vie et revient toujours quoi que je fasse. Je n'arrive pas à accepter que ce soit dans ma nature, que je n'aie pas le choix. On a toujours le choix, il y a forcément un moyen de changer cela. Mais dans cette logique la seule solution au bout du compte revient à disparaître totalement, ce qui est tout aussi nombriliste que le reste. Je ne sais plus que faire, comment ne pas être ce que je suis. Il y a peu, le Russe m'a rendu Les âmes Vagabondes, et j'ai pu relire l'oeuvre qui a donné naissance au prénom qui désigne ces sombres pensées contre lesquelles je me bats et qui semblent gravées dans la chair de ma tête, inébranlables et indestructibles, se rappelant à moi dès que je tente d'y échapper. Mél est toujours là, terrible par la véracité de ses propos, sa présence inaltérable et le fait qu'au fond, ce corps lui appartient plus qu'à moi-même. Peut-être n'était-ce pas le bon moment pour tenter de ne plus se ronger les ongles, en tout cas le vernis qui les recouvre en pâtit et a plutôt bon goût. D'ailleurs arrêtons d'écrire ces futilités dignes d'une adolescente juvénile et remettons plutôt le rouge de l'alarme angoisse sur ces extrémités de doigts en lambeaux à l'image de l'âme de leur propriétaire. Demain je vais avoir 20 ans. Aïe.

Par Lolou - Publié dans : Blues d'une Fillette
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Mercredi 27 avril 2011 3 27 /04 /Avr /2011 17:17

Et ça ne parle pas que des concours, ça promet. A croire que tout ce qui pouvait m'emmerder (pardon) s'est réuni en cette période de l'année. D'abord les boutons d'adolescente prépubère qui reviennent et m'obligent à un super rendez-vous médecin début Mai, puis la panne de voiture (vite réparée heureusement), puis les concours et leurs SUPER sujets (je suis incapable de comprendre ce que raconte Valéry, suis passée trop vite sur les sciences décrivent-elles le réel, ai complètement raté le texte d'Oscar Wilde en anglais), sans parler des problèmes de fac, de médecin pour obtenir une ordonnance, de boulot pour Juin (j'en ai déjà pour Août, c'est un début), de chaises pliables horribles qui m'assassinent le dos, d'une fatigue monstrueuse qui ramène la déprime au goût du jour... Bref ça va pas fort, mais ça devrait aller mieux à paritir de demain. Ah oui, la carte graphique de Didi a lâché aussi, youpi. Heureusement que ptit Didou est là pour rattraper le coup.

 

Demain dernière épreuve, enfin. Les levers sont très difficiles, le stress le soir pénible, les nuits trop courtes et angoissées. Je le savais, les périodes de concours sont atroces. J'ai intérêt à me préparer psychologiquement pour l'année prochaine. L'idée de refaire une telle année me déprime à l'avance... Mais en même temps, que faire? D'autant plus que mon père va devoir tomber de haut en s'apercevant que son petit prodige est tout juste bonne à passer les épreuves sans mourir au milieu, bien loin de toutes les têtes qui feront la future élite de la nation. Désolée papa, les grandes études et le boulot à 5000 euros par mois ça ne sera pas pour moi. Pour le moment je tiens seulement à dormir, à ce qu'on me fiche la paix pendant quelques heures, qu'on me laisse me reposer la tête et le coeur qui d'ailleurs se fait toujours douloureux. Je suis étonnée d'arriver à me laisser pousser les ongles dans un moment pareil, même si les peaux douillent à mort et que je passe mon temps libre à m'énerver sur des réussites. J'ai des envies de pêches juteuses, de parties de tennis seule en mur ou à deux pour s'éclater, de badminton sous le soleil, de batailles d'eau dans la rue ou dans un jardin, de vacances, de repos, de films et de mangas, de balades à Paris. Mais je sais que dès que tout ça pourra être fait, mes envies auront changé. Foutu caractère d'humain, jamais satisfait. Pourquoi sommes-nous donc toujours à la recherche du simple désir et jamais de son accomplissement? J'aimerais ne pas désirer le bonheur si seulement ça pouvait me rendre heureuse. Très paradoxale cette phrase.


Je viens d'attaquer Céline, j'aime sa manière de parler d'autant plus que sachant que c'est l'auteur fétiche de Luchini, j'entends sa voix réciter ces phrases hachées et frappantes dans ma tête. La poésie peut passer de bien des manières, et pour moi Céline est un poète. Ses phrases ont un écho, elles ont une âme, une vie à elles que le lecteur ne peut que suivre avec délectation, les voyant naître, évoluer et mourir dans des explosions de bonheur des sens littéraires et de cette beauté que l'on cherche dans les lectures. Je comprends le sentiment de Luchini ainsi que de tous ceux qui adulent cet auteur, même si pour ma part la force de cette révélation a été moins forte qu'à la lecture de Sagan. La lecture est comme la musique, il y a la recherche d'un écho, d'une révélation, de sonorités qui nous font penser "c'est ça, c'est ce que j'aime, c'est la beauté que je cherche et à laquelle j'accède ici". Pour moi, elle passe en musique par des dizaines d'artistes dont Saez, et en littérature principalement par Sagan mais aussi par Rowling ou les soeurs Brontë. Quelle chose merveilleuse que l'art, et dans cet art quoi de plus beau que la littérature? Quitte à finir ma vie au SMIC, je suis heureuse d'avoir continué mes études dans ce domaine.

 

Au niveau intellectuel ça va plutôt pas mal donc. Le reste moins, j'ai l'impression de laisser mon corps derrière moi dès que je fais un effort. A croire que mes jambes ne peuvent plus courir, pour un petit twister le genou s'est bloqué pendant trois jours... Sans parler du dos que je suis obligée de faire craquer dans tous les sens possibles pendant les six heures de chaque épreuve, ou des sièges immédiatement investis du métro rer train bus afin de le reposer. Ou de ma gamelle gare de l'Est à cause d'un trou au niveau des tourniquets... Une semaine après, le bleu et l'éraflure sont toujours là... Et puis tous ces vieux sentiments qui reviennent, l'idée d'être éphémère loin d'être indispensable peu désirable, enfin bon des trucs habituels mais qui remontent pas forcément le moral. Et toujours ce comportement totalement paradoxal par rapport à ces sentiments et qui m'énerve... Mais le jour où je ne m'énerverai plus moi-même, je m'inquièterai. Ca fait beaucoup rire Mister H d'ailleurs, peut-être parce que même si je m'énerve je me dégoûte moins qu'avant, je ne suis plus dangereuse. C'est plutôt une bonne nouvelle. Mais je pense aussi que quelque part, être un danger pour moi-même permettait de conserver une certaine attention, dans une attitude purement égocentrique, égoïste et puérile. Laisser tomber cela fait ressurgir la peur de l'abandon, c'est logique. Mais c'est tout de même moins fort qu'avant. N'empêche que j'aimerais bien que ça disparaisse... Je suppose qu'il va falloir être patiente, on verra bien ce qu'en dira Mister H Vendredi.

 

Demain dernier jour, dernière épreuve avant les vacances, avant ma cure thermale (si j'arrive à avoir cette ordonnance du médecin) pour me remettre le dos en place, avant le théâtre Samedi, avant d'aller enfin chez mes grand-parents dans cette atmosphère qui sait si bien me calmer par son rythme apaisé et tranquille, avant de pouvoir enfin dormir le soir et le matin. J'espère pouvoir faire table rase de tous ces sentiments idiots qui m'énervent et ne pas avoir de bouffée d'angoisse aux questions "et alors, ces concours? et l'année prochaine?". Nous verrons bien, en attendant Saez est toujours là pour ralentir les palpitations trop rapides de mon petit coeur trop fragile pour un être si angoissé, si étrange, si peu humain et qui pourtant l'est tellement.

 

 

Par Lolou - Publié dans : Blues d'une Fillette
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Mardi 19 avril 2011 2 19 /04 /Avr /2011 17:38

"Toi tu dis que t'es bien sans moi, et qu'au fond de mes bras il y fait trop froid..."

 

Nouvelle erreur, décidément la nature humaine me reste décidément bien obscure. Malgré les progrès visibles au niveau psychologique, je crois que l'aspect blessant demeurera quelque part en moi. Je suis navrée, mais je crains que même avec ceux auxquels je tiens le plus, je sois incapable de faire les choses correctement. Cette vieille idée, source de crises en un temps ancien, me noue toujours le ventre, mais comme une fatalité évidente à laquelle je suis habituée. J'ai essayé mais n'y peux rien, et je vous prie de ne pas trop m'en tenir rigueur. La seule chose à faire est m'excuser, encore et encore, et vous dire que malgré tout, je vous aime. Même si ça ne sera jamais assez. Ce sentiment qu'un jour vous en aurez marre est toujours là, bien atténué par le temps et par les certitudes qui se sont progressivement ancrées en moi, mais il reparaît dans ce genre de situation. Et je guette, inquiète, l'angoisse au ventre, l'arrivée du sms qui me prouvera que vous en avez bel et bien assez, et que ce doux rêve a pris fin. Jusque là, et encore aujourd'hui, cette preuve n'est jamais arrivée de manière claire, bien que dans mon esprit torturé le moindre signe prenne une importance démesurée. Je ne pourrai jamais en vouloir à qui que ce soit de se prendre la tête pour des broutilles, du moins pas tant que je me regarderai intérieurement dans un miroir. Pardon, je ne suis qu'humaine, mais je vous jure que je me soigne.

Le travail avec Mister H avance doucement, plus lentement qu'avant je trouve, sans bien savoir si c'est la fin ou si j'ai encore des choses à découvrir, à affronter. L'angoisse est toujours là, au niveau du nombril, au moment d'entrer dans son bureau et de m'allonger sur le divan, lorsque je commence à parler de sujets qui à coup sûr doivent lui paraître dérisoires ou futiles, lorsque mon cerveau travaille pour se souvenir, pour rechercher les mots et les remettre en ordre, pour exprimer des sensations. Mais le soulagement est parfois là aussi, pas toujours, mais de temps à autre la pensée "j'ai bien fait d'en parler" me vient en tête. Les moments de déprime sont sans comparaison, bien moins profonds, bien moins longs, bien moins forts et douloureux. Oh ils sont là, comme pour tout un chacun, mais l'habitude a pris le dessus. Le refoulement est terminé, ou en tout cas moins fort. Paradoxalement, j'ai l'impression de bien moins parler aux autres qu'avant, ou plutôt d'être plus futile que jamais avec ceux qui m'entourent. Peut-être me fallait-il apprendre que les sujets sérieux doivent rester là où ils sont, dans ma tête et mes tripes, sans m'étouffer pour autant mais sans réellement avoir besoin de sortir ailleurs qu'avec Mister H. D'ailleurs la culpabilité risque de me ronger encore un moment, jusqu'au prochain rendez-vous.

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Oui je me fais une séance déprime, seule dans ma maison, Saez et son Tango aux oreilles, le son fort et ma voix tentant de le couvrir et de dénouer le noeud du ventre dans le cri des cordes vocales, plus fort, toujours plus fort, à en avoir la gorge irritée et les abdos douloureux à force de crier ma douleur. C'est encore le meilleur remède, lorsque la seule écoute ne suffit pas. C'est amplifié par les concours qui commencent demain, tous les khâgnes de France vont se diriger à la même heure vers des centres d'examen pour une semaine d'épreuves, à gratter des pages et des pages, résultat de deux années d'efforts intensifs. Ca m'effraie, bien que je sache n'avoir aucun enjeu cette année. Ca aussi, je le tais souvent, ça a le don d'agacer mon entourage. Que voulez-vous, la fille que vous destiniez à une carrière d'élite n'a, elle, jamais voulu autre chose que tenter d'être heureuse, de vivre bien avec elle-même, le plus possible. Peu importe l'école tant qu'elle m'apprend un métier convenable qui m'offre un petit millier d'euros par mois. Pardon papa, mais les grands idéaux n'ont jamais été mon fort, je me demande même si ce n'est pas en partie toi qui m'en a éloigné. Les cours me manquent, le passé manque toujours car il est certain qu'il ne reviendra pas. Mon esprit marche trop lorsqu'il est inoccupé. Je pense que je n'aimerai jamais les vacances, jamais vraiment. Bien sûr le repos et les sorties sont bienvenus, mais le repos n'est toujours que partiel, les sorties toujours angoissées, les retours toujours bienvenus et épuisés, la solitude désirée et pesante à la fois. Je me rappellerai toujours de mon choc, de mon identification à la lecture de cette phrase du chef d'oeuvre de JK Rowling :

"Il ne savait plus très bien s'il avait ou non envie de voir des gens. Chaque fois qu'il se trouvait avec quelqu'un, il préférait s'en aller, et dès qu'il était seul il recherchait un peu de compagnie."

J'ai toujours bien aimé Harry, au contraire de pas mal de mes amis, car la complexité de ses émotions fait écho aux miennes, car sa colère contre lui-même me touche, car son aspect humain le rend proche de nos côtés les plus cachés, les plus détestables. Bien que dans son cas il ait bon nombre d'excuses, l'auteure ne cherche pas à l'amender. Sa nature reste humaine, faible, bancale, instable, ni totalement ange ni totalement bête, ni blanche ni noire. On le voit bien plus dans la deuxième partie de la série, plus adulte et moins enfantine, plus compliquée et à mon avis plus prenante.

L'Histoire m'appelle. Même si je suis à peu près convaincue du résultat, je me suis engagée avec moi-même à passer ces concours le plus sérieusement possible. Oh bien sûr j'aurai dû réviser bien d'avantage, ne pas sortir autant. On verra l'année prochaine, vu que je suis partie pour une troisième année de prépa axée cette fois sur les concours. L'avenir m'effraie toujours, la rentrée sera encore angoissée, l'année difficile, incertaine, mais j'avance sur l'autoroute des adultes. J'ai encore du travail pour m'insérer dans la circulation, mais j'y travaille. Je veux vivre. Difficilement, péniblement, en ayant mal, mais aussi en souriant, en ayant confiance, en regardant les autres évoluer autours de moi, en aimant, en pleurant, en étant en colère, en me détestant et en me pardonnant, ou en oubliant ma culpabilité, ainsi que celle des autres. Je veux devenir quelqu'un. Peut-être pas quelqu'un de bien puisque c'est une valeur personnelle à chacun, mais quelqu'un à part entière. Pardon à ceux que je blesserai inévitablement au passage, mais je refuse de m'effacer même si s'accepter soi-même est très difficile. S'il vous plaît, laissez-moi déprimer de temps en temps, un petit temps, je vous promets de revenir, je vous promets de sourire, d'être là et de vous aimer. Alors attendez-moi, s'il vous plaît.

Par Lolou - Publié dans : Blues d'une Fillette
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Jeudi 24 février 2011 4 24 /02 /Fév /2011 18:02

Je ne pense pas que je vais faire ici le récit de mon séjour en Inde, pour plusieurs raisons. D'abord, ce blog n'a après tout pas en vue de proposer un aperçu complet d'un pays. Navrée, sa portée est tout bonnement égocentrique, égoïste et personnelle. Ensuite, j'ai déjà fait un long récit de ce voyage dans mon petit carnet personnel, même si je pense que je serai la seule à jamais le lire et qu'une nouvelle fois c'est une raison très égocentrique. Et puis enfin, plutôt qu'un récit détaillé des merveilles que j'ai pu voir, je préfère noter ici ce pour quoi ce blog est destiné : mes sentiments et émotions, aussi confus ou mauvais soient-ils. Quoique ce n'est peut-être pas une bonne idée vu que j'ai rendez-vous avec Mister H demain... On verra bien.

 

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Bref, je suis rentrée Mardi d'un séjour de 12 jours en Inde.

J'ai loupé les deux derniers jours de cours (argh) et me suis envolée vers l'Orient chaud, sec et ensoleillé. Mon corps a fait provision de soleil histoire de tenir jusqu'à la fin de l'hiver, ça fait un bien fou (toute bronzée je suis!). De l'autre côté, mes yeux se sont remplis de couleurs, l'or du soleil, le bleu du ciel et de la mer, le vert des palmiers et des cocotiers, les mille couleurs des saris et des poudres colorées et des maisons qui parsèment le pays... Et mes oreilles résonnent encore de ces tambours, de ces chants, de ces voix indiennes. J'ai vraiment beaucoup apprécié, c'est un pays incroyable. Au début je me sentais assez mal, car tous nous observent comme des animaux rares voire dangereux, comme s'ils se méfiaient de cette douzaine de blancs qui passent en regardant partout autours d'eux à travers les fenêtres de leur bus climatisé... J'ai eu une sensation de rejet, et puis mon caractère casanier n'aidait pas. Mais au bout de deux jours, j'ai compris qu'il suffisait d'esquisser un timide sourire pour qu'ils répondent par le visage le plus magnifique qu'ils puissent offrir. Comme si rien ne pouvait leur faire plus plaisir que de nous voir, de me voir leur sourire, leur faire signe, comme si je leur faisais une grâce incroyable, et comme si leur visage n'avait été créé que pour faire apparaître cette merveilleuse parenthèse au niveau de leur bouche. Les enfants sont trop mignons, les femmes en sari sont magnifiques, et tous ont à la fois cette dignité calme et réservée et cette joie que des étrangers viennent à leur rencontre, à la découverte de leur pays, et sourient et rient avec eux. Ce pays donne une sacré dose d'humilité, on sent combien on est malheureux et riche dans notre Occident, et on se sent bien bête en voyant ces gens qui vivent, qui vivent vraiment. Ils n'ont peut-être rien à manger et que la peau sur les os, et malgré tout ils sourient, ils sont heureux de nous laisser prendre des photos, et ils sont beaux. Oui, les gens de ce pays sont beaux. Ils sont beaux par leur peau plus ou moins noire, par leurs yeux plus ou moins foncés, par leurs vêtements toujours si colorés, par leur langue chantante et douce à l'oreille, par ce sourire éclatant qu'ils nous renvoient, sans aucune animosité bien qu'ils nous voient avec tant d'argent et d'appareils électroniques dont ils ne peuvent pour la plupart que rêver, hommes femmes et enfants sont beaux par leur démarche, leur conduite infernale sur des routes minuscules, leurs regards étincelants, et comme toujours leurs merveilleux sourires... Ca et les couleurs, c'est ce qui me restera de ce voyage. En plus de l'état d'esprit.

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Là-bas j'ai réussi à oublier mes angoisses, à accepter la vie telle qu'elle venait, avec les coups durs et les merveilles, à rire comme je n'avais pas ri depuis des mois. Je me suis sentie vivante et heureuse, ça fait du bien. L'état d'esprit Indien consiste à vivre au jour le jour, sans s'énerver (shanti, paix intérieure), sans se presser (on me disait toujours d'y aller doucement, quand je cherchais mon porte-monnaie par exemple ou alors que je me rhabillais après le massage Ayurveda). Ca m'a fait penser à la manière d'être de mes grand-parents maternels, qui bien qu'intérieurement assez nerveux, ont une attitude toujours calme et posée. C'est en grande partie pour ça qu'aller chez eux me fait du bien, comme une cure de calme au milieu de la prépa, des transports à attraper, des devoirs à faire, des multiples rendez-vous et de tout ce qui me donne l'impression de manquer continuellement de temps, y compris pour vivre ou respirer. L'Inde m'a fait le même effet, en-dehors de la présence de mon père. Je l'adore, ce n'est pas la question, simplement il ne sait pas se poser, ne pas être speed, et je crois qu'il ne comprend pas à quel point cette attitude me crispe et m'angoisse. Du coup il y a eu quelques passages difficiles durant le voyage, des moments où j'étouffais par sa présence. J'ai d'ailleurs pu appliquer mon jeu du moment, trouver un seul mot pour qualifier toute la personnalité d'une personne, à mon père : il est envahissant. Par sa taille, sa corpulence (il n'est pas gros, mais pas maigre non plus et débordait notamment du siège du bus, ce qui m'amenait souvent à m'asseoir seule plutôt qu'avec lui...), son attitude collante, le fait qu'il s'incruste dans chaque conversation, qu'il ait toujours un avis sur tout... J'ai vraiment eu, à plusieurs reprises, l'impression d'étouffer complètement. Et je pense, fondamentalement, que c'est une des grandes raisons qui me donnent envie de quitter cette maison et qui font que j'ai énormément de mal pour tout ce qui concerne l'affectif avec mes parents. Cette habitude de venir me coller pour me demander comment je vais toutes les dix minutes lorsque je suis malade, de vouloir me caresser la joue ou l'épaule, de toucher les gens quand il leur parle, de demander de quoi on parle chaque fois que je discute avec quelqu'un même si ça ne le regarde en rien, de regarder ce que j'écris lorsque chaque soir je mets en mots ce que j'ai vécu dans la journée dans mon carnet personnel... Ce voyage m'aura permis de réaliser ça, que mon père m'étouffe, et que ça dure depuis longtemps, comme si mon air se consumait petit à petit, mangé par son feu trop proche de moi. Mais je sais bien que c'est sa nature, et que ça part toujours d'un bon sentiment... Alors je ne peux rien lui dire.

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En tout cas j'ai vraiment adoré ce pays, reste à savoir ce que je pourrai et ne pourrai pas dire à Mister H. Non pas que je veuille lui cacher des choses, mais j'oublie tellement... Pourtant je voudrai tout lui dire, de A à Z, lui extraire l'intégralité de ma cervelle et qu'il me donne les clefs pour la comprendre. Mais j'ai compris depuis un moment que ces codes ne peuvent être trouvés que par moi, au fur et à mesure que je lui parlerai de ce qui me passera par la tête quand je serai allongée sur ce divan dans son cabinet. Je me demande de temps en temps si cette psychanalyse ne devient pas inutile, si je n'ai pas décortiqué tout ce que j'ai en tête... Je me sens mieux depuis que je vais le voir, mais je ne sais pas si cela peut encore s'améliorer ou si les montées d'angoisse font simplement partie de moi et si je dois les accepter. Peut-être suis-je actuellement comme je dois être, angoissée certes et toujours stressée, mais après tout si c'est ma nature peut-être dois-je juste l'accepter. Je ne sais pas comment on peut savoir qu'on arrive à la fin d'une psychanalyse, d'une thérapie. Peut-être Mister H me le dira-t-il lui-même, mais peut-être attend-il que je lui demande. En même temps j'ai du mal à oser poser la question... Je verrai demain, pour l'instant j'ai encore besoin de lui parler, sans savoir cependant si je ne fais pas que dépenser 40 des euros de mes parents, durement gagnés.

Le retour a été dur, le petit Suneje me manque (le fils du guide, il était trop mignon), de même que le reste du pays. Je suis contente d'être tombée sur un bon groupe, avec une autre jeune fille très gentille avec qui je suis devenue amie, avec un guide extraordinaire et avec son fils trop chou, et je suis contente d'avoir choisi l'Inde et pas un autre pays. En rentrant, la grisaille Londonienne nous a accueillis en Europe, et le soleil de Paris n'a pas duré longtemps. Les pulls ont réapparu, de même que les pantalons et... les cours. Eh oui, des concours blancs m'attendent dès Lundi, et je n'ai strictement RIEN foutu depuis mon départ en Inde. Je n'arrive pas à m'y remettre, et bosser là-bas était inutile tant j'étais dans un état d'esprit différent. Mais avec le retour est revenue l'angoisse de l'avenir, le stress des concours et la pensée du boulot. Fini les couleurs, la musique traditionnelle, les saris, le soleil, la mer, le ciel bleu, la végétation luxuriante, l'odeur des épices, les couleurs des fleurs, les maisons fluos, les grands sourires, la joie de vivre... La France semble bien terne.

Et pourtant j'étais heureuse de rentrer et de retrouver mon pays. Malgré les imbécilités de notre gouvernement en ce moment en ce qui concerne les pays africains, malgré la pluie et la grisaille, malgré la mauvaise humeur ambiante, malgré les vêtements noirs ou sombres, malgré les regards hautains ou peu amicaux, malgré la méfiance générale et les hautes tours des immeubles, malgré tous les défauts que je peux y voir et qui me sautent aux yeux comme à ceux de tous les français (étant le peuple le plus raleur, le plus déprimé et le moins fier de son pays au monde), malgré tout ça, je crois que j'aime la France.

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C'est mon pays, ma maison, là où je me sens chez moi, aussi imparfait ce chez-moi soit-il. Bien sûr j'aimerais des français moins pénibles, un autre président, l'égalité hommes-femmes ou encore la fin de la pauvreté et du chômage, mais malgré tout la France reste à mes yeux un beau pays. Et je pense qu'on ne peut réellement s'en apercevoir qu'une fois qu'on a été voir ailleurs, qu'après s'être dit (paradoxallement) qu'un autre pays était merveilleux et ô combien meilleur que la France. Malgré tout, elle reste mon pays, celui pour qui je conserve une certaine tendresse, que je regarde d'un oeil compatissant malgré ses nombreuses bêtises, et pour lequel je souhaite un avenir meilleur. J'espère pouvoir continuer à penser ainsi à l'avenir, malgré les gouvernements, malgré la vision noire qu'on (moi comprise) cherche à me donner de l'avenir, malgré la fin du monde en 2012, malgré le chômage et le prix de l'essence en hausse, malgré les études inutiles, malgré le prix de la vie qui augmente et le réchauffement climatique... Malgré tout je souhaite pouvoir encore penser que cette France imparfaite reste mon pays, celui où je souhaite passer ma vie et auquel je veux apporter ma contribution, aussi minime soit-elle. Au fond, les voyages rendent patriotiques. Mais si ma conscience d'être française s'est réveillée, j'ai tout de même développé une tendresse particulière pour ce grand pays d'Orient, si beau et si pauvre. Et j'y retournerai assurément un jour.

Par Lolou - Publié dans : Entre-deux, balle au centre
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