Il est des moments dans la vie où on avance sans se poser de questions, et d'autres où on a l'impression de marcher en pointillés voire à reculons. Il y a les moments où on a besoin de faire un bilan et ceux où on souhaite fermer nos yeux et nos oreilles et devenir robot pour ne plus rien ressentir. Mais toute notre vie n'est qu'un errement de l'un à l'autre de ces points. Pour le moment je suis dans la bonne phase, celle où j'avance, croisant les doigts dans mes paumes fermées pour que cela continue, refusant de penser que cela prendra fin un jour, avant de revenir, comme cela l'a toujours fait. Profiter, instant présent, continuer tout droit, pas de stress, pas besoin, regarde le chemin t'est tracé, tu vas au bout et tu sauras, même si quelques doutes demeurent. Regarde derrière, il y a tant de choses que tu as surmontées, à présent respire, ouvre tes poumons, gonfle tes joues et hurle ton amour de la vie. Cette vie que tu as souhaité, que tu as cherché, cette vie que tu as à présent, délestée de quelques uns et gonflée de quelques autres, avec des défauts et des bons côtés, des larmes et des rires. Et pourtant un sourire, une réserve, ne pas trop en dire pour ne pas ennuyer mais en dire assez pour intéresser, sans entrer dans le confidentiel mais en laissant paraître un peu de notre vie personnelle, sembler à l'aise en public, sans jamais l'être, faire semblant, "aller bien"... Tout ça n'est pas bien difficile, un peu d'exercice et n'importe qui en serait capable. Tout le monde peut sembler, peu de gens savent être. Être vraiment, voilà ce qui doit ressortir d'une personne, d'un individu, toute son individualité doit transpirer de ce qu'il dit. Être ou ne pas être... La deuxième solution est bien tentante, la première si difficile. Pas pour tout le monde, c'est sûr, bien qu'être soit toujours compliqué. Le Je, comment l'exprimer, qu'en exprimer... Nombre de fois je pense "il faudra que je raconte ça et ça et ça" à unetelle (qui est souvent Dear ou/et Lélé), à peu près autant de fois j'oublie de le raconter et ne me le rappelle qu'une ou deux heures après les avoir quittées. Ou bien la mémoire me revient en une mauvaise occasion. Un sujet non adapté, qui n'intéresserait personne. C'est arrivé si souvent que la peur de ces moments me hante. Mais c'est idiot, cela arrive tout le temps à tout le monde. Idiot, toujours, pour à peu près tout ce que je fais concernant les relations sociales.
C'est sûrement pour ça que je suis entrée en Communication, qui plus est en Ressources Humaines. En fait ce n'est pas tant l'avenir que mon avenir qui m'intéresse. Pas tant la vie que ce que j'en ferai, de mon point de vue et pas de celui de la société. La paradoxalité fait encore son oeuvre, quand bien même ce mot n'existerait pas. Solitude et compagnie, lecture et conversation, amitié et haine, calme et colère, rire jaune et franc. Impossibles à distinguer les uns des autres, car tous cohabitent en même temps dans mon être. Un être de robot, de mécanique, un esprit qui marche mais rien d'autre. Rien qu'une putain de machine qui suit le chemin de cette pourrie de société, les moeurs de cette population moutonne, sans arriver à y répondre ou à y faire quoi que ce soit. La morale? Rien qu'un idéal. Seuls les héros, ceux qui attirent les foules avant ou après leur action, ceux qui agissent, qui osent, ceux qui s'opposent et se dressent quand les circonstances l'exigent. Ceux qui savent et que l'on suit si l'on a un peu de coeur et de couilles. Ceux qu'on admire avec des étoiles dans les yeux, qu'on aimerait tant remplacer, ceux dont on voudrait être proches. Ceux que j'envie quand bien même ils ne le souhaitent peut-être pas. Ceux qui rendent le monde si beau par leur existence, et si noir par la nôtre en comparaison.
Ne pas réfléchir, se laisser porter. Ou couler. Avancer tout droit, regarder les deux chemins, faire "au feeling". Sourire, rire, comme si tout cela n'avait aucune importance. Ca n'en a pas en fait, ce n'est que ma vie, peu importante, sans conséquences. Petite fourmi dans le grand cycle de la vie. Petite jeune fille qui tente de parler devant une classe et bafouille, fait rire par de petits mots pour faire passer la gêne, donne l'impression d'une fausse humilité à certain(e)s et donc pêche par un semblant d'orgueil. Pourtant je n'ai cherché que l'honnêteté, ce que ceux qui comptent ont bien vu. Le sentiment d'être apprécié, qu'on ne nous en veut pas, qu'on ne nous trouve pas idiot, inutile, orgueilleux, cherchant l'attention, mais simplement humain, gentil, plutôt intelligent... C'est toujours plaisant. Même si ça ne touche qu'en certaines occasions. Je ne sais plus trop ce que je dis, de toute façon tout ce charabia n'intéresse pas grand monde. Mais on écrit toujours pour être lu. Un jour mon cahier arrivera peut-être entre les mains de quelqu'un. Je ne le souhaite pas, mais une toute petite partie de moi l'attend. J'ai hâte d'avoir écrit ma nouvelle, pour le moment j'ai peur d'avoir mal. Ecrire est douloureux, toujours. C'est le moment où le vide de ma vie m'apparaît entièrement, où tout le talent qu'on me prête disparaît dans le néant de mon histoire, où j'aligne des mots vides devant mes yeux larmoyants, rageuse de mon manque de style, déprimée de ces phrases bateau, jusqu'à ce qu'on me lise sans que je m'y attende et qu'on me dise que c'est bien, ce que je prends comme "pas mal". Ca vient de la famille, dans mon esprit c'est donc forcément déformé. Mais il ne faut pas dire ça, c'est pénible pour les autres. Comme bon nombre de mes pensées. Il ne faut pas le dire, il faut le garder et l'effacer, parce que les autres ne veulent pas entendre ça. Il faut fermer les yeux et les oreilles et sourire, parler d'autre chose. Et avancer, porté par le courant, tant qu'il va dans le bon sens, sans oublier de regarder la direction pour avoir le temps de nager à contre courant si cela s'avère nécessaire. Avancer, encore et encore. Pour finir par couler, comme tout le monde, au fond de cette mer où une montagne de cadavres nous attend paisiblement, tendant leurs mains décharnées vers nous, invitation morbide pour la dernière danse. Je continue, quelque part au fond de moi, à avoir hâte d'y être, tout en gardant cela tout au fond de moi. Mais après tout, j'ai toujours adoré la musique...
Je me sens mal. Terriblement mal. L'idée de l'école et des nouvelles personnes, l'idée des proches que je laisse si loin, l'idée de moi au milieu de tous ces amants délaissés et meurtris qui enfoncent des couteaux dans mes plaies béantes. Quel avenir? Quelle vie? Plus j'avance et plus les liens forts deviennent importants, et plus il me devient difficile de les conserver. J'aimerais être plus humaine, plus aimante, plus proche, plus facile à approcher. Mais je reste loin, protégée par la barrière des non-dits qui me hantent et m'accablent, mais me protègent encore d'un monde sauvage où je crains la destruction de tout ce qui me compose. Loin de tout, tel le robot qui se tient là, attendant les ordres pour tendre une main, écrire un cours, rendre un devoir ou offrir un présent. Où se terre l'humaine capable d'aimer, où partent ces sentiments de pouvoir déplacer des montagnes, si forts et si fugaces? Les périodes de deuil interne s'allongent, les sujets tus s'accumulent, et je m'efface progressivement derrière des monosyllabes, des sourires et des gaffes qui sauvegardent l'aspect sombre de mon être. Je ne sais plus si j'ai besoin de repos ou d'activité, s'il faut que je dorme ou que je veille, que je réfléchisse ou que je m'en empêche, s'il faut que je sois seule ou en société. Chaque geste est un doute, chaque mot semble fade et inutile, chaque conversation n'est que babil incessant dans lequel je m'empêtre avant de lasser l'interlocuteur. Alternance de sport et de repos, de ruminations et de distractions, de rangement et de chaos. Je ne sais plus où je vais, ne sais plus où j'en suis, ni vers où me tourner. Je ne sais même pas pourquoi je devrai me tourner vers qui que ce soit. Tout va bien, sauf moi, sauf cette chose qui m'échappe continuellement, cet aspect relationnel qui envahit mes angoisses, ces liens qui sont ma vie entière et qui sont si lourds. Ces problèmes que deux années de travail intense avaient maintenus sous-jacents n'en ressortent que d'avantage en ces périodes inactives, toujours aussi insaisissables, aussi douloureux, aussi solitaires. Des millions de questions et de complexes ressortent, la peur du physique, l'angoisse du regard des autres, l'envie de fuir loin de cette foule, l'impression de sombrer, le sentiment d'ennuyer ou de blesser, l'envie de dormir pour des années et de s'éveiller libre de toutes ces pensées obscures. L'envie de partir pour vivre seule et la solitude qui pèse. L'envie d'arracher tout ce qui est sur les murs et la peur du vide. La nausée et la bonne figure que l'on garde malgré tout. Sûrement n'est-ce encore qu'une des nombreuses conséquences de la rentrée. Sûrement, cela passera avec le temps. On s'accroche à cet espoir, on serre les dents et ferme les yeux, et on avance dans le noir, la peur au ventre et le coeur au bord des lèvres, se frayant un passage au couteau en continuant de meurtrir ceux qui nous entourent, et se blessant soi-même pour s'en punir... Je cherche le bout du tunnel, l'humanité retrouvée, la formule magique ou le génie malin qui me soufflera à chaque obstacle la réaction qu'il faudrait avoir pour faire le moins de mal possible. Mais au fond je sais que jamais cela ne me sera donné, et cette réalité déprimante noircit un peu plus le tableau qui s'offre à mes yeux en guise d'avenir. Apprendre au fur et à mesure? J'y ai quasiment renoncé avec les années, je marche encore mais il s'agit d'avantage d'un boitillement épuisé qui ne sait plus où poser les pieds sur le chemin infesté de pierres traîtres... J'en ai assez. Je me traîne, vide et lente, me plaignant à outrecuidance, lamentable de faiblesse et de peur. Âme négative, esprit insoluble, être vil et vide.
Moi je suis encore une gamine. D'ailleurs tout le monde me donne moins que mon âge, on ne me croit pas quand je dis que j'ai déjà vingt ans. Je ne me maquille pas, je refuse de vieillir, et surtout j'ai peur des autres. Je suis comme ces enfants qui savent déjà qu'il y a des choses à ne pas dire et n'osent plus rien dire du tout, qui savent qu'à la fin d'une colonie de vacances, ils ne reverront plus ces gens qu'ils ont cotoyé si longtemps malgré les lettres et le téléphone, et qui pleurent toutes les larmes de leur corps à cette idée. Ceux qui regardent des dessins animés avec des étoiles dans les yeux et rêvent ensuite de princes charmants, de belles aventures où ils sauveraient tout le monde et de lieux enchanteresques. Ceux qui savent qu'ils peuvent tout dire à ceux qu'ils aiment, car ils savent qu'ils seront pardonnés, et qui ne prennent pas la peine de savoir si ces personnes seront blessées par ces paroles. Voilà, la croissance de mon cerveau s'est arrêtée à ce stade. Ca peut avoir son charme bien sûr, un enfant rit facilement, pleure devant les films tristes et se vexe pour un rien quand on l'embête. Mais on le leur pardonne, justement parce que ce sont des enfants. A vingt ans, on doit grandir. Même avant ça en fait. Se contenter de dire pardon ne suffit plus, car les paroles sont bien plus meurtrières que quelques années auparavant. Parce qu'on est censés savoir ce qui fera mal, ce qu'il faut garder pour soi, et qu'on est censés savoir se retenir. Moi depuis toute petite, je garde en moi tout ce qu'il faudrait que je dise, et je laisse sortir tout ce qu'il faudrait que je garde. Sauf qu'avec le temps les remords grandissent, et les excuses ne suffisent plus ni pour moi ni pour ceux qui m'entourent. Je suis toujours face au même mur, face à cette faiblesse que j'ai à tout prix tenté de faire disparaître mais qui semble gravée dans ma chair tel le tatouage infâmant de mon péché originel. Je souhaiterais être comme Tag qui frachit un grillage électrique pour sauver ses amis, comme Harry qui se bat malgré ses souffrances intérieures et extérieures, comme Jim qui part à l'aventure et sauve le bateau de l'explosion, comme Rose qui accepte d'affronter l'étendue gelée pour celui qu'elle aime, comme toutes ces princesses disney qui trouvent leur âme soeur et ont des animaux qui ressemblent tant à des humains, comme Hina protégée par ses cinq camarades et capable de les défendre quand il le faut, comme Tohru qui sait toujours trouver ce qu'il faut dire pour soulager ceux qu'elle aime même s'ils sont parfois infects avec elle... Ou comme tous ces siphonnés que j'admire, que je respecte et que j'aime par-dessus tout, pour toutes ces qualités qu'ils déploient sans s'en rendre compte. Parce que les qualités sont comme les prunes salées, elles sont collées dans notre dos et nous passons notre temps à nous extasier sur celles des autres en nous lamentant de n'être qu'une pauvre petite boulette de riz blanc. Et pourtant il suffit d'en parler pour s'en rendre compte... Nous sommes tous exceptionnels pour quelqu'un, à notre manière. La mienne vient peut-être de cet aspect enfantin que j'ai toujours voulu étouffer, et qui encore aujourd'hui me rebute et me tord les entrailles. Je ne suis pas l'héroïne d'une grande histoire, je suis incapable de dire ce que je me répète sans arrêt dans la tête en imaginant des dialogues, et je resterai sûrement toute ma vie cette petite fille incapable même bourrée de dire aux personnes qui font battre son coeur qu'elle les aime de manière spontanée. Ou de leur dire quoi que ce soit d'important de manière spontanée d'ailleurs...
Pourtant, durant ce mois, j'ai senti que je pouvais être tout à fait normale, me fondre dans le paysage, et être malgré tout appréciée. Oh bien sûr pas en tant que femme magnifique, courageuse ou belle, mais juste en tant qu'humaine capable de faire très bien ce qu'on attend d'elle, de rendre service simplement et de sourire. Ces relations ne sont pas basées sur une amitié, loin de là, car aucune de ces personnes ne souhaite savoir ce qu'il y a tout au fond de mon crâne et je ne tiens absolument pas à le leur dire. C'est une relation plus simple, moins profonde, basée sur le simple quotidien. Bien sûr on peut aller mal pour une raison quelconque, mais on peut aussi aller très bien, rire et plaisanter, et être content de se retrouver le lendemain malgré la pensée du travail. Être heureux d'être là, d'avoir rencontré des personnes agréables, de savoir que de telles personnes existent et qu'à un moment dans l'infinité des vies de ce monde, ces personnes m'ont appréciée en tant qu'humaine, sans chercher plus avant. Peut-être que nous ne nous reverrons plus jamais, sûrement même et c'est un peu triste, mais la pensée qu'il puisse y avoir des personnes qui nous ont souri et remercié pour notre simple existence réchauffe le coeur comme une petite chandelle dans une chambre froide. Mais je ne suis qu'une gamine, parce que ces personnes me manqueront, et que je continuerai de penser à elles lorsqu'elles mêmes m'auront complètement oubliée. Mais contrairement à d'autres personnes de mon passé qui entrent dans cette catégorie, ce souvenir ne sera pas une torture. Ces roses et ces lettres sur un petit papier resteront comme une douce chaleur dans les moments d'hiver sentimentaux. J'aurais aimé les remercier d'avantage, mais impossible de leur expliquer pourquoi ils les méritent alors que dans leur esprit c'est moi qui les ai aidés. Alors je leur ai simplement souri, du plus beau sourire que je pouvais offrir. A présent je vais loger cette partie de ma vie dans un petit coin de ma tête et de mon coeur, et prier pour que de tels moments me soient à nouveau accordés. Je me trouve très exigeante, je devrais m'estimer comblée de cette expérience, mais les enfants sont avides...
Bien sûr c'est très différent des siphos. C'est incomparable, et je trouve ça très intéressant d'ailleurs. Les siphos sont partie intégrante de ma vie, sont ma vie en fait. Là ce n'était que mon travail. Je crois que je suis plus douée pour ce genre de relations que pour le véritable amour. C'est plus simple, car il n'y a pas d'engagement personnel. Au boulot si un client ou un collègue m'en veut, tant pis. Mais si on m'enlevait un de mes siphos, je sens que c'est tout mon être qui se déchirerait. Ca m'effraie, ça doit être pour ça que je continue de le redouter, voire parfois de le guetter. Je suis terrifiée à cette idée. Et puis une relation aussi profonde implique forcément de s'ouvrir, de montrer 99% de nous-mêmes, mais l'ouverture marche dans les deux sens. C'est merveilleux de savoir que ces êtres en savent autant sur moi, plus que ma famille, plus que moi-même parfois, mais c'est également effrayant. Après tout, personne ne sait ce qui se cache dans les profondeurs du "moi". Et il y a toutes ces angoisses que je n'arrive pas à comprendre, mais qui m'empêchent totalement de parler dans les situations de confidences. Oh bien sûr c'est le cas de tout le monde, sauf que l'alcool ou le net délient les langues. Pas dans mon cas. J'ignore pourquoi, j'ai l'impression de me cogner la tête contre tous les murs d'une maison pour sortir une simple phrase, je sens mon coeur qui tambourine comme un dingue, mon estomac qui crie de douleur... Je bégaie, je transpire, j'ai chaud, j'ai froid, les spasmes nerveux agitent mon visage, mes bras, mes jambes, mes mains... Je regarde partout et nulle part, complètement perdue, fixant ces grands yeux ouverts qui attendent ma réponse, espérant y lire un prompteur me dictant ce que je dois dire, essayant de ne perdre personne et avant tout pas moi-même dans mes propres mots... Je me méprise de ne pas y arriver plus simplement. J'ai le sentiment d'appeler à l'aide chaque fois qu'on me demande quelque chose d'un peu trop personnel, mais à l'aide qui? A l'aide quoi? Je l'ignore...
Désolée de la longueur, je me suis un peu laissée aller. Je ne sais pas trop si cet article est triste ou joyeux, tout comme je ne sais pas si je suis heureuse ou pas en cet instant (55% malheureux dit facebook...). Je suis terrifiée de l'avenir, comblée quand je regarde la semaine qui vient de s'écouler et ce dernier jour au travail, heureuse de voir les deux femmes de ma vie demain, triste de ne jamais revoir ces visages taquins, heureux et blagueurs... Et fatiguée de réfléchir égocentriquement à tout ça. Donc on va dire peut-être, comme le dit cette application débile, un tout petit peu plus malheureuse en cet instant. En plus j'ai mal au dos et j'ai des aphtes. Enfin, j'espère ne pas trop angoisser cette semaine... (peine perdue). Un autre article viendra sûrement sur mon stress paralysant de la rentrée. Et sur mes retrouvailles avec Mister H après quatre semaines...
Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile, être une femme liberée tu sais c'est pas si facile...
Le robot dans toute sa splendeur se prosterne à vos pieds. Il est prêt à faire tout ce que vous lui demanderez. Fais du café. Range les dossiers. Fais-moi un annuaire. Va voir untel. Range ta chambre. Jette toi par la fenêtre. Comme je l'ai dit mon entrée au Conseil Général, "je peux tout faire tant qu'on me l'explique". Et le mieux c'est qu'on arrive à me féliciter de ces actes robotiques. Le bonheur. Pour moi c'est plutôt la facilité, un corps qui exécute malgré le cerveau qui hurle sa rage contenue à tout un chacun. Un robot plein de failles et de fêlures. Je ne suis qu'un amas de chair imparfaite, jamais arrivée à maturité, qui brise tout ce qu'elle touche y compris elle-même et qui semble plus que jamais vouée à la solitude. Rien ne peut aller car tout demeure en cours de route. Devant la tâche inachevée et inachevable, la meilleure des solutions semble encore la dernière qui me reste, celle que j'use durant cette majeure partie du temps et qui m'anéantit. La fuite, en avant ou en arrière, au choix. Mais la fuite malgré tout. Ma vie n'est qu'une immense fuite, que je passe mon temps à cacher et à haïr. Mes faiblesses cachées m'angoissent et plus je les refoule et les refuse, plus elles me caractérisent. Et plus elles anéantissent mon entourage. La pire des fuites, définitive par définition, revient de plus en plus dans mon esprit détraqué. Je ne sais plus quoi faire. Je ne sais plus comment m'en sortir. Je ne peux pas en parler, et pourtant j'en parle tellement, silencieusement, que je m'en rends malade. Une fille trop faible dans un monde qui avance et ne pardonne pas. Où trouver de la force pour continuer? Dans ceux que je détruis au fur et à mesure que j'avance? Personne ne peut m'aider car tout le monde finira blessé, moi comprise. Je m'anéantis, je me hais, je me meurs à petit feu. Maux de ventre, insomnies, lunatisme et faux rire sont de retour. Mél n'est pas la méchante de l'histoire, elle n'est que ma partie faible, celle qui est moi en réalité, et que j'ai tenté de cacher toutes ces années, me persuadant que j'étais aussi forte que tous ceux qui m'entouraient. Que de fausseté. Je ne suis qu'une faible, destinée à la casse après m'être traînée dans un coin de ma vie pour y mourir au calme. La fausse n'est pas Mél, la fausse c'est moi qui ai tenté de l'étouffer et qui ai voulu croire que ce n'était qu'une partie de moi, sans jamais le croire totalement. Je ne suis que ça. Cette angoisse, cette peur, cette fuite, cette envie d'aimer tout en détruisant de plus en plus, cette haine de soi, cette haine de cette faiblesse qui la caractérise et qui est sa nature profonde. Comment changer sa nature? C'est impossible, cette expérience qui me bouffe depuis des années le montre bien. Je suis et resterai faible. C'est une réalité, malgré les larmes qui me brûlent les yeux et la nausée qui me monte au ventre. Je suis tellement désolée pour tout le monde, vous tous que j'aime. J'aurai aimé vous aider, vous aimer plus que tout... Mais je suis terrorisée à l'idée de cette faiblesse qui pourrait finir par me tuer, ou par vous anéantir. Je le sens, autours de moi tout se délite. Et la certitude de la solitude est toujours là, quoi que je fasse, toujours rappelée par mon attitude de faible, d'acceptation de l'horreur, de refoulement conscient, de refus des conflits, de fuite en avant. Mais tout finit toujours par nous rattraper. Je le sais, et ne peux empêcher cette haine de revenir à chaque nouvelle fuite, comme l'attitude présente du robot qui me fait me plonger dans le travail, oubliant toute réalité autre, refusant tout contact un tant soit peu profond, telle une fuite en avant désespérée et poussée uniquement par l'envie de vivre, ou plutôt de ne pas mourir. Cela fait des jours que je ne me sens plus, ne me considère plus comme une humaine. Je ne suis qu'une chose qui agit, qui s'investit pour qu'on la complimente, tel le chien moyen qui remue la queue lorsque son maître le félicite. Un petit être fragile qui se brisera si j'en fais trop, qui est au bord du gouffre en équilibre et dont les derniers fils de vie semblent se détendre un à un. Un être fragile n'attirant aucune sympathie, posé là en refusant de penser, en standby en attendant la rentrée tandis que son cerveau s'enfonce dans les méandres noirs d'une réalité sombre et sans fin. J'ai réalisé que j'étais faible, et que quoi que je fasse, j'étais incapable de changer ça et incapable de vivre avec, tout comme tous ceux qui m'entourent. Ma cage d'angoisse se resserre de plus en plus autours de moi, les lames de ses arceaux me lacérant les épaules pour me libérer de mon songe doré et me ramener à la réalité, à l'horreur de ce réel que je fuis depuis si longtemps. Que dois-je faire pour vivre désormais?
En fait ça fait un moment que j'aurai dû écrire cet article. Parce que je suis stupide. Ces mots me font penser à mon carnet commencé en 3e et retrouvé il y a peu, où j'ai écrit pour me défouler et pour garder une trace écrite sur papier de mes conneries du coup. En première page, pauvre petite collégienne que j'étais, je fais un long préambule destiné à prévenir celui qui va lire que ce n'est qu'un ramassis d'apitoiements sur moi-même, peu intéressants (pas en fait...) et très pénibles, et qu'il ferait mieux de passer son chemin. En fait ce blog c'est pareil. Alors ne lisez pas, vous devez avoir mieux à faire de votre temps. Laissez-moi avec mes démons, mon égocentrisme perpétuel et ma haine grandissante. De toute façon à part moi personne n'y peut grand chose. Il faut que j'apprenne à vivre avec moi et avec ce qui m'entoure... Et ça marche pas. Dernièrement j'ai vraiment eu l'impression d'être repartie des mois en arrière, d'avoir fait beaucoup de choses pour rien ou pire. Et d'être un monstre aussi, mais ça c'est plus habituel. De sales idées sont revenues, idées parties pendant un long moment et qui sont pourtant réapparues très clairement dans ma tête. Oh bien sûr je ne les mettrai pas en application, mais disons que la reprise du boulot arrive à point nommé pour me distraire et m'enlever ça du crâne... Et que le retour de mes parents me forcera à acheter suffisamment de bouffe dès Samedi prochain.
Finalement cet été aura été travailleur. J'ai fini la prépa mi juin, ai enchaîné avec la poste pendant un mois, et depuis le 1er Août je travaille au conseil général, à Roissy. Mais les trois semaines de vacances au milieu m'ont bien plombée, par l'inactivité, le manque d'occupation qui me fait tourner les pensées à toute vitesse dans le crâne, ce qui entraîne le manque de sommeil et le mal de ventre caractéristique. Et puis j'ai eu mes résultats, je suis prise au Celsa après avoir été première sur la liste d'attente. Manque de bol, les résultats sont tombés au beau milieu de ma semaine de vacances avec Clo et Lélé, et bien sûr la réjouissance n'est pas mon fort. Comme l'a très justement dit ma mère, dix minutes plus tard j'étais déjà morte d'angoisse. Et le suis toujours, mais angoisser épuisée par le boulot et en sachant qu'on y retourne le lendemain aide à oublier, alors que la semaine de pluie ne nous a pas encouragées à bouger... Aussi l'angoisse me broyait l'estomac et ma langue restait nouée (ce qui a dû être particulièrement pénible pour elles, les pauvres...). Comment expliquer à quelqu'un qu'être acceptée à l'école n'est pas une joie? Que je ne peux qu'angoisser et avoir à l'idée que cette école n'est sûrement pas faite pour moi, que je ne sais pas ce que je vais y faire à tel point que j'imagine chaque jour ma mort en me disant "au moins j'aurai pas à y aller"? C'est impossible, personne ne voudra le croire, personne ne peut le comprendre. Désolée, je suis bizarre, anormale, chiante, mais c'est comme ça, c'est ma nature. J'aimerais dire ça à voix haute, forcer les autres à m'accepter. Mais la politique de l'autruche est bien plus simple, moins angoissante... Je ne suis qu'une trouillarde. Au lieu de dire ce que je suis, je préfère jouer ce que je ne suis pas et faire semblant d'être heureuse, comblée par cette rentrée dans une "grande école", avec des projets d'avenir plein la tête... Alors que je suis incapable de m'assumer au présent. C'est pitoyable.
Mister H m'a dit lors de notre dernière séance, la prochaine n'étant pas avant Septembre, que l'une de mes grandes peurs était de ne pas trouver chaussure à mon pied comme on dit. Mais bon, je le sais depuis un moment déjà, sauf que je trouve ça tellement débile que l'énoncer à voix haute me désespère. De toute façon, quelqu'un qui n'arrive pas à se supporter au point de piquer des crises ne peut pas être aimé, ou en tout cas ne peut pas accepter cet amour. Enfin bref, c'est clair que je suis persuadée depuis des années que je finirai mes jours seule, ce qui explique que j'essaie d'habituer ma mère à l'idée qu'elle n'aura jamais de petits enfants en le lui rappelant le plus souvent possible. Je fais mal en aimant. Alors autant ne pas le faire... Sauf pour ceux pour qui c'est trop tard comme les Siphos, les pauvres vont être obligés de me subir.
Je m'énerve toute seule en écrivant, il vaut mieux arrêter là. Mes écrits sont tellement débiles dernièrement, j'ai même réussi à déchirer une lettre alors que j'y attache une importance religieuse d'habitude. Les seuls écrits que je supporte de moi sont mes récits de cauchemars... Je retourne au boulot demain. J'ai hâte, là-bas au moins je n'ai pas l'occasion de réfléchir ou de laisser les larmes me monter aux yeux. Même si les problème relationnels sont toujours là, je ne suis qu'une étrangère parmi ces gens... (qui sont cependant charmants). Je redoute la semaine précédant la rentrée où je serai sans travail donc sans distraction. Je me rappelle des paroles de Je vais bien, ne t'en fais pas : "Plus penser à rien, c'est ça tes vacances?". Ben oui, pour quelqu'un comme moi c'est le mieux. Me foutre la paix à moi-même, ce que je tente de faire depuis cinq ans sans jamais vraiment y arriver. Je, laisse-moi vivre, ou au moins faire semblant!